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les griots le drapeau Burkinabe
un griot

Youssouf Kienou, un griot

Youssouf Kienou est le chanteur vedette et le guitariste du groupe Djiliya. Il chante en dioula, la deuxième langue la plus parlée du Burkina. Les autres instruments que les musiciens du groupe utilisent sont : la kora (une sorte de harpe à corde avec une grosse calebasse qui constitue la caisse de résonance), le Djembé (un tam-tam sous forme de gobelet qu’on bat des mains étant débout, assis ou accroupi), le Tama (un tam-tam à deux côtés qu’on place sous l’aisselle et dont la tonalité change avec la pression du bras), une flûte en bois, le Ngoni (le luth à trois trous du pays) et le Balafon (un xylophone en bois avec de petites caisses de résonances sous forme de gourde). Il nous parle ici des instruments de musique, du griotisme et de son expérience en tant que griot :

‘’Je suis né dans le Sud-Ouest du Burkina dans une famille de griots. Je suis donc sous l’ambiance du griotisme depuis que je suis bébé. Mon père Baba Kienou est le Président des griots du Burkina. Les instruments de musique ci-dessus cités sont ceux que les griots ont toujours utilisés sauf la guitare qui a été introduite récemment. Les plus anciens sont le Tama et le Ngoni ; on allait chez le chef/roi avec le Ngoni et le Tama pour chanter les louanges de sa famille ; le Tama et le Ngoni accompagnent le chant et l’audition. La Kora incite les gens à danser. Et c’est après le Ngoni et le Tama que le balafon et la kora ont été introduite’’.

‘’La vie des griots a beaucoup changé de nos jours. Les chefs et les rois mêmes s’ils existent toujours, ils ne sont pas comme ceux des autres époques. Il y a eu des changements au niveau des ces institutions et cela affecte logiquement le travail du griot qui ne chante plus les louages de la même manière. Mon père a tout arrêté pas parce qu’il ne sait plus chanter les louanges qu’il devrait chanter mais tout simplement parce que ses clients sont morts. Il a arrêté en 1987. Il est assez vieux maintenant’’.

‘’En 1992, j’ai chanté le louanges d’une très vieille femme de près de 100 ans ; elle avait les cheveux blancs et était complètement édentée, elle était la doyenne du village. Elle ne pouvait se déplacer qu’avec une canne mais malgré cela à chaque fois que des griots viennent lui rendre visite, elle trouve les ressources nécessaires pour danser. Le jour où nous sommes allés la voir, nous nous sommes mis tout autour d’elle et elle nous a fait la genèse de sa jeunesse.

‘’En général quand quelqu’un meurt, on loue son corps. Lorsque les petits enfants de la vieille sont venus nous informer de son décès, nous avons tout de suite pris nos instruments et nous nous sommes rendus sur les lieux. Dès que nous sommes arrivés nous avons commencé par chanter les louanges ensuite à jouer de la musique et enfin à mettre du rythme et le corps de la vieille a commencé à bouger. Pris de peur nous avons arrêté de jouer. Une de ses amies nous intima ; ‘’non continuez, c’est parce qu’elle est contente qu’elle a bougé’’. Nous avons accompagné son corps de Ouagadougou à son village natal situé à 120 kms. Les griots se doivent de le faire’’.

‘’La musique du groupe Djelyia s’inspire du griotisme (Audio: chanson 493kb et kora 408kb) . Le griotisme est notre source d’inspiration quand nous jouons et quand nous composons de nouvelles chansons. Je ne pense pas que j’ai mis le griotisme de côté, je l’exprime maintenant d’une autre façon, car l’auditoire a changé. Cette musique est mon passé, mon présent et mon futur. Je ne pourrai vraiment pas vivre en dehors de ce créneau-là. Je transmettrai toute l’expérience et les connaissances acquises à ma fille au fur et à mesure qu’elle va grandir. Maintenant il lui appartiendra de décider en toute liberté de ce qu’elle va faire.’’

 

Crédits photo: Crispin Hughes/Oxfam